indifférent
date: 2007-06-06 22:08:34
Le travail de Alexander Honory intitulé "One World with Many Faces" repose sur une idée simple (-iste?) : photographier à l'identique 8000 personnes de par le monde, 720 dans 12 grandres villes. Pour ce faire, il installe dans l'espace public un container équipé d'un studio équipé à l'identique quelque soit le lieu.
Il y a une part de ce travail qui me met mal à l'aise, je peine un peu à en identifier la raison. Peut-être est-ce du côté du cadrage, très resséré sur le visage...Ou bien le nivellement que produit la répétition du même protocole : cadrage, éclairage, fond identiques, accentuant la dimension implacable de la mécanique de reprodution. Comment ne pas penser aux photos anthropométriques aux tentatives de dresser des portraits types, et aux dérives physiologistes des lectures que cela a pu produire ? La masse des visages, en tout cas telle qu'elle apparaît par l'intermédiaire de l'écran, plonge les individus dans une indifférenciation qui entrave toute possibilité de projection, d'attachement et d'inviduation.
http://www.honory.de/index.html
hervé guibert
date: 2007-03-22 21:04:44
Si je devais situer avec précision ce qui a pu me toucher ces quinze dernières années d'une veille permanente sur la chose photographique, j'irai de suite vers celui qui n'en finit pas de me nourrir : Hervé Guibert. Parmi son travail mêlant littérature et photographie, je reviens souvent vers ce texte primordial,
L'Image fantôme, car il contient tant de chose de la photo, tant d'élégance pour le dire et de jutesse dans ses affabulations auto-photo-biographiques. C'est vers lui qu'il m'est agréable de me retourner lorsque je suis lassé de la vacuité de certaines lectures certes utiles mais au combien grise.
Le site
herveguibert.net (dont je suis pour quelque chose, comment ne pas en être !) permet d'écouter une extrait de cet texte lu par l'écrivain lui-même. Quel plaisir !
http://www.herveguibert.net/index.php?2006/10/11/54-lectures-par-herve-guibert
ordinaire
date: 2007-02-28 22:10:09
Du sortir de chez soi à l'arrivée sur le lieu (que l'on suppose) de travail, Francesco Jodice a photographié, en les suivants, le parcours de trois personnes et assemblé le tout en un audio-visuel. On ne sait rien des lieux traversés si ce n'est qu'ils semblent liés à l'habitude, à la quotidiennneté des espaces parcourus sans autres buts que de relier deux points distincts. De tels déplacements quotidiens entraînent une certaine absence au lieu qu'aucun incident ne semble pouvoir réveiller. Ces photographies n'ont donc rien de spectaculaires, elles ne pointent guère autre chose que les liens au lieux qui se fabriquent dans un état de conscience particulier, lié à la projection vers un point d'arrivée et non dans l'espace pratiqué. Consigner cela par la photo revient à constituer une mise en forme de cet état de conscience, de cet attachement mince aux lieux du déplacement consenti.
http://www.francescojodice.com/video/st.mov
courir
date: 2007-02-14 21:37:47
La règle du jeux que s'est fixé
Muggezifter est simple : paramétrer le retardateur de l'appareil photo sur 2 secondes, puis courir droit devant, dans le champ couvert par l'appareil jusqu'à ce que le déclenchement se produise. Invariablement, ce protocole est rejoué dans des lieux différents. C'est d'ailleurs ce qui émerge, une fois passé l'amusement suscité par l'incongruité : la figure figée du coureur, de dos, récurrente, rend le lieux plus étrange, plus captivant. L'idée, toute farfalue qu'elle soit, renvoie par ailleurs à une approche assez singulière de l'identité : en pénétrant par un décalage mécanique dans l'image qu'il réalise, le photographe quitte le hors-champ, celui de l'opérateur, pour entrer dans le cadre en tant que sujet. Ce passage, rejoué à chaque prise de vue, provoque une situation toujours mobile de l'identité du photographe qui se conjuge sur le mode de la fuite. C'est pourtant une fuite feinte, rendue impossible par la saisie photographique, comme courue d'avance.
http://runningfromcamera.blogspot.com/
terre
date: 2007-02-04 21:51:24
Nicolas Faure a de la suite dans les idées, et pas mal d'humour. Savoureux en effet ce jeu qui consiste à rechercher dans Goggle Earth les lieux photographiés par Yann Artus-Bertrand depuis ses engins aéroportés, fabriquant ces
magnifiques images de notre
magnifique planète avec des gens
magnifiques dessus... Nicolas Faure a retrouvé un nombre considérable de ces lieux et parvient même à coller de très prêt au cadrage. Du coup les magnifiques images de Y. A.-B. prennent une autre tournure en présence des images de Google Earth produites au kilomètres par des satellites.
Au-delà de l'aspect critique que ce rapprochement contient, on pourra relever le succès commercial des deux entreprises (Google/Artus-Bertrand) qui repose sur la fabrication d'un point de vue très "contre-plongée", voire divin, sur notre bonne vielle terre. Comment, dans ces circionstances, ne pas avoir (trop)d'ambition ?
http://bbs.keyhole.com/ubb/showthreaded.php/Cat/0/Number/159800/an/0/page/0/vc/1
photostop
date: 2006-09-18 21:16:33
Jamais entendu parlé du
photostop jusqu'à la visite de ces
pages perso. Activité disparue de nos villes, celle décrite dans ces pages la situe à Alger dans les années 50. Croisement inattendu, l'album photo de ma famille en compte une, prise à Alger précisément, durant cette même décennie.
A l'observation de ces images, c'est la postion du photoraphe qui me touche, photographiant à la sauvette , sur le troittoir d'une avenue centrale ou sur une place publique. Les silhouettes des "sujets" paraissent comme allongées, l'optique grand angle autorise la prise de vue à proximité tout en garantissant le portrait en peid.
Photographier ainsi, dans la rue, à l'arrachée, semble maintenant une activité bien improbable, soucieux que nous sommes d'une certaine invisibilité publique et d'un respect du droit à l'image qui nous font baigner dans la suspicion des appareils photos.
Ces images me ramènent à celles de Bruce Gilden et sa série
Facing New York, arrachant les grimacses des passants à grands coups de flash. Autrement plus expressives, ces photos sont celles d'une confrontation, d'un rapport à la limite du physique, au plus près.
banlieue
date: 2006-06-07 21:48:02
La banlieue, à quoi ça ressemble ? Denis Moreau semble bien décidé à proposer une réponse. S'équipant d'un appareil photo, déambulant d'un point à un autre suivant un itinéraire, il photographie ce qui lui tombe sous les yeux, conjurant l'invisibilité de la ville multi-dimensionné par la pratique. Ce faisant, modestement, il contribue à repésenter la banlieue, en prenant une voie qui n'a rien de spectaculaire mais qui a la qualité de la persistance : ses innombrables promenades photographiques ont lieu depuis plus de 10 ans, dix années à parcourir la banlieue, à en prélever sa présence en ces lieux et à nous la resitituer.
http://www.banlieuedeparis.org/
On complètera par cette assertion de François Bon :
photographier la peau du monde, où elle est rugueuse
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minéral
date: 2006-06-07 21:17:24
La matière en fusion, en phase de concrétion, le minéral dans sa matérialté la plus massive, sont particulièrement bien représentés dans les photographies d'Allan Macintyre. Son travail se distingue par un traitement visuel dont la qualité première est d'éviter la description minutieuse, l'illusion du détail. Le noir et blanc, travaillé dans ses valeurs moyennes,grises, sert pertinemment bien la série
Beautiful Monster, assemblage de protubérances organiques encore travaillées par la matière en mouvement qui les a vu nâitre. Un ensemble qu'on aurait plaisir à couché sur papier.
http://www.allanmacintyre.com/photo_text.htm
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Compassion
date: 2006-05-28 22:59:50
Picture People, une organisation créative non lucrative, distribue des appareils photos jetables aux victimes de catastrophes en tout genre. Première expérience en 2004 à Bam, en Iran, après un tremblement de terre, la suite en Asie après le tsunami... Financée par Kodak, le British Concil et d'autres.
Il y a toujours un peu d'étonnement à l'observation de ce genre de projet, voire de léger malaise que suscite le dévoilement par l'image lorsqu'il semble ne se faire qu'à sens unique. On a bien conscience que la pratique photographique peut contribuer, dans le meilleur des cas, à une réappropriation du réel, aussi dificile soit-il ; que la narration photographique peut participer à faire émerger une part indicible de l'épreuve endurée par ceux qui doivent faire face à de telles catastrophes.
Cependant des questions subsistent : comment sont choisies les images montrées sur le site (travail d'éditing) ? Quels moyens sont mis en oeuvre pour les distribuer (on pourrait dans ce cas espérer que les photos participent à une prise de conscience) ? Pourquoi les photographes sont-ils seulement nommés par leur prénom, tellement réducteur, alors que le directeur du projet, son nom, on le connaît ? Quels moyens sont mis en oeuvre, sur place, pour inscrire ces photos dans le quotidien des victimes ? Sans réponses précises à ces questions, ce projet semble non seulement racorni, mais ne parviens pas à dépasser la seule compassion, certes nécessaire, mais au combien figeante.
Un constat : de la capacité du réel à se documenter lui-même. Il y a là, comme dans beaucoup d'autres cas, comme une impérieuse nécessité à s'imposer la réalisation de photos pour valider le cours des choses et du temps.
http://www.picturepeople.org/picturePeople.htm
(via
(Notes on) Politics, Theory & Photography )
kertész
date: 2006-03-05 22:22:48
Immense photographe du 20ème siècle, André Kertész fait partie de ces incontournables qu'on oublie trop souvent d'aller voir en ligne. Pour réparer cet oubli, deux liens :
- une page du site de la galerie Agathe Gaillard
http://www.agathegaillard.com/Andre%20Kertesz.html
- une vintaine d'images de la National Gallery of Art de Washington
http://www.nga.gov/exhibitions/2005/kertesz/kertesz_ss1.shtm
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