semblable
date: 2007-09-22 21:04:24
Fruit du travail d'un photographe, Ari Versluis, et d'une styliste, Ellie Uyttenbroek,
Exactitude pourrait se situer dans la suite de nombreux travaux qui, depuis les toutes premières photos anthropologiques, tentent des typologies humaines à partir d'individus singuliers. La photographie n'a pas son pareil pour créer de toutes pièces des artefacts dotés d'un fort pouvoir de persuasion, dont on connait les dégâts qu'ils peuvent commettre lorqu'ils versent dans l'idéologie. Lisser les différences, faciliter la comparaison, gommer les singularités, tout cela est simple à partir d'images. Cette simplicité, qui fait basculer dans l'indifférenciation (voir plus bas, le billet "
indifférent") tout regroupement hétérogène, doit être observée avec prudence pour ne pas aboutir à de la simplification
Exactitude parvient à constuire autre chose qu'un point de vue surplombant sur le type humain. L'astuce se loge dans un dosage habile d'observation de l'apparence de l'autre et des capacités du nombre à faire naître une série. Juxtaposition de 12 photos de 12 individus vêtus de manière proche et posant à l'identique, les groupes qui naissent ainsi (des
Ecopunks, aux
Game Boys, en passant par les
Moroccies) renvoient avec assez de justesse à la mince part de singularité qui habite l'uniforme. Ce travail restitue bien la situation paradoxale qui réside dans la conformité sociale : être semblable.
http://www.exactitudes.com/
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échec
date: 2007-09-18 22:22:21
Chaque billet posté sur le site
unphotographable.com débute par cette phrase : "This is a picture I did not take..." ; la suite, une description de la scène que Michael David Murphy n'a pas - ou n'a pas pu - photographier.
Bien sûr, beaucoup de choses m'échappent à la lecture de ces instantanés, les mots dont je n'irai pas chercher la définition dans le dictionnaire, les epxressions qui me sont très probablement inaccessibles pour cause de niveau d'anglais trop faible. Mais j'apprécie l'exercice, la tentative séduisante, car perdue d'avance, de mettre en mots ce qui aura échappé à la saisie photographique.
L'expérience de l'image, constuite sur une double relation absence/présence, et décuplée lorsqu'il s'agit d'une image photographique, prend encore un autre sens lorsque, volontairement, c'est son échec qui est mis en mots.
Encore une fois, comment ne pas penser à Hervé Guibert et à son
Image fantôme, texte qu'il conclut ainsi :
Donc ce texte n'aura pas d'illustration, qu'une amorce de pellicule vierge. Et le texte n'aurait pas été si l'image avait été prise. L'image serait là, devant moi, probablement encadrée, parfaite et fausse, irréelle, plus encore qu'une photo de jeunesse : la preuve, le délit d'une pratique presque diabolique. Plus qu'un tour de passe-passe ou de prestidigitation : une machine à arrêter le temps. Car ce texte est le désespoir de l'image, et pire qu'une image floue ou voilée : une image fantôme. (p.17-18)
http://www.unphotographable.com
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reconstitution
date: 2007-06-06 22:53:32
Photos Beyond the Wall, site de services aux personnes séparés par un emprisonnement, propose le photomontage comme un procédé de recomposition palliatif à la séparation. Tout jugement de valeur écarté, comment ne pas être touché par ce geste compensateur, faute de mieux ? Il redouble la vacuité de l'image tout en la chargeant d'une projection affective imparable. Il énonce clairement une des facultés de la photographie, parfois difficile à surmonter tant elle rend manifeste le sentiment d'absence : rendre présent l'être cher.
Bien que prenant garde de ne pas verser dans la compassion, je voudrai néanmoins pointer la pertinence du recours au photomontage comme un acte assumé. La reconstitution par le montage n'est pas ici quelque chose qu'il faudrait dissimuler, lisser, gommer. Au contraire, elle est une part de la réalité de ceux vivent la séparation.
http://friendsbeyondthewall.com/pbtw/photos.html
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indifférent
date: 2007-06-06 22:08:34
Le travail de Alexander Honory intitulé "One World with Many Faces" repose sur une idée simple (-iste?) : photographier à l'identique 8000 personnes de par le monde, 720 dans 12 grandres villes. Pour ce faire, il installe dans l'espace public un container équipé d'un studio équipé à l'identique quelque soit le lieu.
Il y a une part de ce travail qui me met mal à l'aise, je peine un peu à en identifier la raison. Peut-être est-ce du côté du cadrage, très resséré sur le visage...Ou bien le nivellement que produit la répétition du même protocole : cadrage, éclairage, fond identiques, accentuant la dimension implacable de la mécanique de reprodution. Comment ne pas penser aux photos anthropométriques aux tentatives de dresser des portraits types, et aux dérives physiologistes des lectures que cela a pu produire ? La masse des visages, en tout cas telle qu'elle apparaît par l'intermédiaire de l'écran, plonge les individus dans une indifférenciation qui entrave toute possibilité de projection, d'attachement et d'inviduation.
http://www.honory.de/index.html